ヤルカンドからの手紙 フランス語バージョンが完成!

アラビア語に続き、「ヤルカンドからの手紙」フランス語バージョンも完成しました。

ウイグル人青年の「できるだけ多くの言語に訳してほしい」とのメッセージを受け、このフランス語版については、YouTubeの映像を見たフランス在住の視聴者の方が、翻訳をかって出てくださいました。
この場をお借りして、御礼申し上げます。

・日本語版 http://youtu.be/yxnkN_k3ViA (翻訳文はこちら
・英語版  http://youtu.be/iDg1Bqa7g5Q
・中国語版 http://youtu.be/Gh2NMCIreYc
・トルコ語版 http://youtu.be/jU4UQyq4clM
・アラビア語版 http://youtu.be/2X5J469rYLQ (翻訳文はこちら
・フランス語版 http://youtu.be/IuRe5_7hCq8 (翻訳文はこちら

Lettre de Yarkand

Il s’agit d’un message d’un jeune homme ouïghour, envoyé le 2 août 2014, au risque de sa vie

As-salâm ‘aleïkoum
(Que la paix soit sur vous)

Mes chers compatriotes !
Notre patrie se trouve en ce moment même au milieu d’un désastre sérieux.
S’il vous plaît, transmettez notre voix au monde.
Nous sommes tellement impuissants.
Le soir du 28 juillet, un certain nombre de femmes se sont rassemblées, dans les villages 15, 16, 17 de Ilishukou, pour tenir la cérémonie de fin du ramadan tout au long de la nuit.

Elles étaient en deux groupes : le premier rassemblait 30 personnes, et le deuxième, 15.
Les hommes étaient partis à la Mosquée pour le culte nocturne.

Cette information du rassemblement religieux des femmes a été transmise aux Chinois par un traître. Aussitôt, l’armée chinoise a forcé la maison, où ces musulmanes rendaient le culte, et ont tiré sur tous ceux qui y étaient présents, y compris les enfants.

Toutes les femmes ont été tuées. Le nombre des victimes s’élevait à une cinquantaine.

Les hommes, en constatant le massacre au retour de la Mosquée, se sont mis en colère.
L’armée chinoise était déjà partie.
Les hommes, portant dans leurs bras le corps de leurs chères épouses, se sont rendus au commissariat de police et à la mairie de Ilishukou.

La police les a aussitôt arrêtés, arguant que ces populations misérables avaient tenté d’attaquer le commissariat.
L’Imam du village a tenu des discours véhéments devant les habitants des villages voisins en s’indignant :

« Pouvons-nous rester mués en voyant nos femmes et nos enfants massacrés de la sorte !?
Où est notre foi ?
Quand allons-nous nous soulever, si nous ne le faisons pas maintenant ? »

Et il a tenté d’organiser ces gens.

Mais, encore une fois, l’information a été aussitôt transmise aux Chinois, qui ont envoyé en masse leur armée, pour perpétrer un massacre horrible.

Ils ont intensément bombardé trois villages, et envoyé des troupes pour tirer sur tous ceux qui étaient encore en vie. Certains ont été mutilés, d’autres décapités. Parmi les victimes se trouvaient des bébés, des femmes récemment accouchées, des personnes âgées.

Il ne reste aucun survivant dans ces trois villages, hormis les collaborateurs des Chinois.
Pour enquêter sur des survivants potentiels, 17 Ouïghours au service de la police spéciale se sont rendus sur place et ont rapporté qu’’il n’y en avait aucun.

Mais le responsable du Parti Communiste du village a déclaré qu’il restait 13 survivants.
Les 17 policiers ouïghours ont alors été tués sur le champ.

Les 13 survivants ont été emmenés dans la grande rue et ont été exécutés.
Deux d’entre eux étaient un vieillard et une femme venant juste d’accoucher, et les autres, des enfants.

Après avoir nettoyé toutes les traces de tueries dans ces trois villages, les Chinois ont poursuivi leurs massacres dans les villages proches en Nash Kuruk, Ishinko, Dugbug et KushEriq.

Entrées et sorties du territoire sont bloquées en Mekit, DugBag, Ilishko, Hengdi, Kush Yazik en région Yarkent.

Les massacres continuent même maintenant (ndr : le 1er août).

Et dans les régions plus à l’amont de la rivière Yarkent, Hayat Iken, Gulbaz, Tupustaq, Udanlik, Chiraq, Tagarchi, Yakachi, Misha, Ishankol, certains habitants sont détenus de manière barbare.

Il est désormais interdit de se rendre visite mutuellement à l’occasion de la fête de la fin de ramadan.

Les gens ne peuvent même pas se saluer, car on les arrête dès qu’on les voit se réunir, ne serait-ce qu’à 2 ou 3 personnes.

Je ne connais pas le nombre exact de victimes en Hengdi. Car personne ne peut se déplacer d’une ville à l’autre, sauf les soldats.

Je connais une personne, dont la fille de 7 ans et les oncles ont été tués, qui pleure du fait qu’il ne peut rentrer à Ilishukou, lieu du massacre.

Les cadavres des victimes ont été mutilés jusqu’à les rendre totalement non identifiables, et transportés dans des camions, usuellement utilisés pour les matériaux de construction. Pendant le trajet, certains membres sectionnés des corps tombaient dans les rues. Les gens qui ramassaient ces membres ont été arrêtés et déportés.

Mes compatriotes !

Ilishukou est une commune regroupant la population la plus élevée de la préfecture de Yarkent.

Normalement, même dans les villages les plus modestes, vivent entre 500 et 600 familles.
En faisant le calcul à partir de cette donnée, l’estimation du nombre de victimes à Ilishukou atteindrait entre 3000 et 5000, mais le chiffre me semble encore minimiser beaucoup la réalité.

Ces informations font actuellement l’objet d’un contrôle extrêmement sévère. À Ilishukou, trois policiers ouïghours ont été exécutés, car on les soupçonnait d’avoir transmis ces informations à l’extérieur.

Mes compatriotes !

Tout ce que je vous raconte ici est la vérité.
Je ne suis pas habile en écriture et mon rapport est très simple. Mais la réalité ici est un cauchemar.
Peut-être ai-je assisté au massacre le plus cruel de l’histoire.
En écrivant ces lignes à présent, j’entends les véhicules des Chinois qui crient quelque chose à très fort volume.

O Dieu, donne-nous un lieu pour nous mettre en sûreté!
O mes compatriotes, s’il vous plaît, transmettez notre voix au monde.
Je souhaite que ce message soit traduit en plusieurs langues.
Si une équipe d’investigation internationale peut venir à présent, elle témoignera de ses propres yeux de ces villages dévastés, sans aucun survivant.

Mes compatriotes,
Chacun selon son culte, n’oubliez pas de prier pour que notre patrie soit protégée.
Répandez, je vous en supplie, ce message à un maximum de personnes.